Les visionnaires de la Silicon Valley

Les principales entreprises du web ont été lancées par défaut: Aucune firme établie ne voulait commercialiser l'idée des inventeurs, aussi ont-ils dû créer leur propre entreprise...

Le visionnaire est celui qui se trouve face à un nouveau produit et sait qu'il deviendra populaire. Or beaucoup des produits qui le sont effectivement devenus, ont été proposés d'abord à des entreprises qui n'y ont vu aucun avenir. Il n'y a pas de visionnaires dans les entreprises établies, cela devient même aussi le cas d'Apple depuis qu'elle a perdu Steve Jobs.

Visionnaires de l'informatique

HP et Atari ne croyaient pas au PC

C'est en mars 1976 que le jeune Wozniak a réalisé les plans de l'Apple I, qu'il montre fièrement aux membres de son club d'informatique, le Homebrew Computer Club. Son intention était de diffuser gratuitement les schémas, mais le jeune Jobs, qui était présent, voit le potentiel d'une telle machine et encourage Wozniak à vendre son idée plutôt, lequel n'y pensait même pas. Wozniak présente alors le projet à son employeur, Hewlett-Packard. Ce dernier trouve l'idée excitante mais ne voyait pas comment HP pourrait vendre un tel produit. (Notons que HP est devenu par la suite le principal fabricant de PC). Jobs qui travaillait chez Atari, une entreprise de jeux vidéos, à son tour montre les schémas à son employeur qui lui non plus ne voit aucun intérêt à fabriquer cet appareil (Atari fabriquera des ordinateurs personnels plus tard aussi).
En désespoir de cause, les deux hobbyistes vendent l'un son van, l'autre sa calculatrice sophistiquée, et fondent Apple.

Altavista était satisfait de son algorithme

Deux étudiants en mathématique à Stanford, Larry Page et Sergey Brin, mettent au point en 1996 un algorithme le PageRank) qui classe les pages d'un moteur de recherche selon le nombre et la qualité des liens qu'elle obtient d'autres pages. La qualité de chaque page s'évalue en nombre de liens qu'elle obtient. Cela donne une formule assez complexe.
Ils réalisent un moteur de recherche expérimental, mais leur ambition était de devenir professeurs, aussi décident-ils de vendre le code à un des moteurs de recherche établis.
A l'époque en 1997, AltaVista était le plus populaire, et il classait les pages selon le nombre d'occurence des mots-clés. Il va de soi qu'il était assez facile de fausser les résultats avec un "bourrage de mots-clé", une pratique qui a d'ailleurs duré longtemps après avoir montré son inefficacité... mais les croyances populaires ont la vie dure.
Les deux étudiants ont proposé leur projet à tous les moteurs de recherche de l'époque, Altavista, Excite, Yahoo!, Lycos, Infoseek. Il aurait été proposé à Excite pour 350 000 dollars selon un ancien dirigeant de cette firme. Offre qu'elle a décliné, tout comme les autres.

En désespoir de cause, ils déposent le nom de domaine Google en 1997 et fondent leur compagnie en 1998. Depuis, Altavista et les autres ont disparu sauf Yahoo qui n'a plus qu'une part de marché marginale.
Google vaut maintenant un peu plus que 350 000 $!

Yahoo : Acheter, saboter, fermer

Geocities a été fondé en 1994 et était un des premiers sites sociaux. En effet, il hébergeait des sites classé par régions et centre d'intérêts. On visitait les sites comme on visite une ville. Il manquait une seule chose: permettre le contact entre les visiteurs. Mais ce n'est pas Yahoo qui l'aurait implémenté. Après avoir racheté le domaine pour plus de 3 milliards de dollars, la firme a supprimé le coté social pour ne conserver que l'hébergement, qui rapportait de l'argent grâce à un bandeau publicitaire. Geocities à été fermé en 2009, comme beaucoup d'autres sites achetés par la firme.

Elle a aussi racheté Broadcast.com pour 5.7 milliards de dollars avant de fermer le service quelques années après.

Google n'a pas vu venir Facebook

Google possédait un site social comme Facebook, nommé Orkut, créé par en employé et lancé par Google le 22 janvier 2004 (Facebook a été fondé le 2 février 2004). Il a été un des principaux réseau social mais n'a pas été suffisament développé, ce qui a permis à Facebook de prendre l'importance qu'elle a. L'ex-dirigeant de la firme Eric Schmidt reconnaît avoir totalement manqué le train des réseaux sociaux.
Le plus étonnant est que alors que MySpace a été racheté en juillet 2005 par Robert Murdoch pour 580 millions de dollars, Google, ait signé en 2006 un partenariat de partage de revenus publicitaires pour être utilisé comme moteur de recherche par les utilisateurs, pour 900 millions de dollars. Il aurait coûté moins cher de surenchérir sur MySpace, mais apparemment, Google ne voyant pas d'avenir dans ces réseaux sociaux... Cela à changé depuis.

Nokia voyait l'iPhone comme un gadget

Le 17 avril 2008, les actions de Nokia perdent 10 % de leur valeur. Des analystes de Citigroup sont inquiets de l'absense de nouveau produit. La compagnie annonce qu'elle ne lancera par d'écran tactile pour riposter à Apple et son iPhone avant la fin de l'année. Le directeur Olli-Pekka Kallasvuo dénie que Nokia ait besoin de concurrencer l'iPhone:

"C'est un produit de niche."

Nokia vs Apple iPhone

Peut-être s'est-il fié à cet article sur Bloomberg qui annonçait avec assurance en 2007 que l'iPhone était un produit de luxe destiné uniquement à quelques amateurs de gadgets!

Microsoft en retard sur tous les trains : Internet, recherche, réseau social, cartographie, smartphone

Ce n'est pas en une, mais en plusieurs occasions majeures que Microsoft a montré son manque de vision à long terme...

En 1995, le navigateur Netscape était utilisé par 90% des internautes quand Microsoft a décidé enfin de réagir et à proposé Internet Explorer. Grâce au support de Windows, IE a à son tour atteint 95% de part de marché, cela jusqu'en 2003.
Plus tard le successeur de NetScape, Firefox à mis fin à cette domination. Microsoft avait complètement raté le train d'Internet comme cela a été les cas pour les mobiles. Elle a dû aussi rattraper son retard sur HTML 5, ce qui n'a été fait qu'avec IE 9.

En 1997, Microsoft disposait d'un serveur aux capacités gigantesques, TerraServer, et l'a testé expérimentalement en créant une carte de la terre grâce à un satellite. Des millions de gens se sont connectés et étaient heureux de voir leur maison sur la carte. Puis l'expérience s'est arrêtée, Microsoft n'y voyant pas de valeur commerciale. Quelques années plus tard, Google a créé un service similaire sous le nom de Google Earth!

Ce n'est qu'après l'apparition de l'iPhone en 2007 puis du système Android, qui est devenu si prépondérant qu'il tend à prendre sur les mobiles la place qu'a Windows sur le bureau, que la firme a décidé de réagir. En plusieurs tentatives successives.
Elle rachète pour 500 millions de dollars la compagnie Danger afin de produire le Kin, un mobile a clavier pour les étudiants dont le succès a été si insignifiant qu'il a immédiatement été retiré du marché et l'équipe de développement dissoute.
La seconde est un autre fiasco: Windows 8 qui voulait remplacer le moniteur de l'ordinateur de bureau par un écran tactile. La troisième par le rachat de Nokia: en devenant fabricant comme Apple, la firme est certaine de vendre son système d'exploitation, Windows Phone! Mais sa part de marché reste marginale.
La quatrième sera peut-être la bonne: en proposant un système unique, Windows 10, sur tous les appareils, mobiles et ordinateur de bureau, mais qui s'adapte à chacun, Microsoft a de bonnes chances de devenir un acteur majeur sur mobiles. Si c'est le cas et cela semble probable, il lui aura fallu 8 ans pour mettre au point la parade.

Apple maintenant copie les objets à succès

Apple a cessé d'être une entreprise qui innove. Après avoir reproché à ses concurrents de copier ses idées (l'iPhone, l'iPad) et ainsi lui prendre des parts de marché, c'est la pomme qui a son tour copie les produits à succès des concurrents, comme le téléphone à écran de 6 pouces et la mini-tablette qui remplissaient les caisses de Samsung, ce qui lui permet d'accroître considérablement ses ventes.
C'est tout ce que demandent les actionnaires, certainement. Quand un concurrent inventera un nouveau produit révolutionnaire, ils n'ont pas à s'inquiéter, Apple pourra toujours le copier!

Oracle ironisait sur le cloud

Oracle ne jure plus que par le cloud, et incite de façon quelques fois un peu cavalière tous ses clients en bases de données à s'abonner à ses services sur le cloud.

Mais cela n'a pas toujours été le cas. Le Wall Street Journal a publié en 2008 cette citation de Larry Elison, le fondateur et CEO d'Oracle.

Ce qu'il y a d'intéressent au sujet du cloud computing est qu'on l'a redéfini pour inclure tout ce que l'on fait déjà. (...) L'industrie informatique est la seule industrie qui soit plus guidée par la mode que la mode féminine. Peut-être que je suis un idiot, mais je n'ai aucune idée de ce dont chacun parle. Qu'est-ce que c'est? C'est du pur charabia. C'est fou. Quand cette idiotie va-t-elle arrêter?

"Peut-être que je suis un idiot". Amusant.

Oracle était content de voir Android utiliser Java

Arpès avoir racheté Sun en 2009, et ainsi acquis Java, Larry Ellison se félicitait de son utilisation par Android.

"I am excited and flaterred by Android".
"Sun has done a fantastic job opening Java, opening Java to the world, and we're going to do more of the same..."

Trad:
Je suis excité et flatté par Android.
Sun a fait un boulot fantastique en ouvrant Java, l'ouvrant au Monde et nous allons faire de même.

Mais en 2016 le ton a changé et Oracle fait un procès à Google pour avoir utilisé les API de Java, réclamant 9 milliards de dollars pour le manque à gagner (on ne sait pas lequel au juste, il semble estimer que tous les revenus publicitaires sur Android lui reviennent).

Intel dit non à Apple

En 2005, en prévision du smartphone qu'il voulait fabriquer, Steve Jobs se rend chez Intel pour leur demander de fabriquer un processeur pour mobile, plus économe en énergie que le x86.
Intel à répondu non. Alors Apple s'est tournée vers ARM et cette architecture domine maintenant le marché mobile. En fait Intel à même vendu en 2006 sa filliale XScale de processeurs ARM!

Voici ce qu'en dit rétrospectivement Paul Otellini, le CEO de l'époque:

And in hindsight, the forecasted cost was wrong and the volume was 100x what anyone thought.

The lesson I took away from that was, while we like to speak with data around here, so many times in my career I’ve ended up making decisions with my gut, and I should have followed my gut. My gut told me to say yes.

Traduction:
Et avec le recul, le coût prévu était erroné et le volume était 100 fois ce que chacun pensait.
La leçon que j'ai retenue était que, même si on aime parler en chiffre partout, si souvent dans ma carrière j'en suis arrivé à prendre des décision avec mes tripes, et j'aurais du écouter mes tripes. Mes tripes me disaient de répondre oui.

Si les tripes sont plus malignes que le cerveau, comment prendre de bonnes décisions? En 2016, Intel licencie 12 000 personnes.

Et maintenant?

Les visionnaires manquent toujours à l'appel. Après le succès des lunettes de réalité virtuelle d'Oculus, toutes les entreprises se précipitent sur la réalité augmentée et la réalité virtuelle. Facebook a racheté Oculus, Google a ses cardboards, Microsoft sa technologie dérivée de kinect, l'hololens, seule Apple reste sur ses lauriers.
D'autres domaines comme la robotique vont également avoir leurs visionnaires et leurs idées seront copiées par toutes les grandes firmes de la Silicon Valley, peut-être même par Apple...