Wikipedia, la controverse
Wiki à vocation encyclopédique, réalisé bénévolement par des contributeurs anonymes, il connaît une audience grandissante. Pour autant il est loin de faire l'unanimité. Citation:
I am interested in letting many people know that Wikipedia is a flawed and irresponsible research tool.
(Je souhaiterai faire savoir aux gens que Wikipedia est un outil de recherche défectueux et irresponsable).
C’est ce que dit John Seigenthaler après qu’un article de Wikipedia l’ait présenté comme un instigateur du meurtre de J.G. Kennedy et son frère Bobby. Il s’agissait en fait d’un canular, mais qui est resté dans Wkipedia pendant 5 moins et repris par des sites de référence!
- Comment fonctionne Wikipedia.
- Polémiques et hoax .
- Conflits.
- Manipulations.
- Mediawiki.
- Wikidashboard.
- Recherche: la guerre des moteurs.
- Evolution
- Désaffection.
- Autres encyclopédies collaboratives.
- Marque-page de l’encyclopédie.
- Anthologies d'articles sur Wikipedia.
Les principes de l’encyclopédie
Il s’agit d’une application des principes de l’open source à l’encyclopédie et donc à la connaissance. A savoir, que dans un projet libre et utilisable gratuitement par tous, n’importe qui peut collaborer en apportant une pierre à l’édifice. La somme des contributions, même les plus modestes aboutit à une encyclopédie en ligne complète.
Les articles sont sous licence libre, ils appartiennent à tous et peuvent être placés sur n’importe quel site (attention cependant au duplicate content vis à vis des moteurs de recherche). L’hébergeur Wikipedia n’est qu’un simple serveur qui met à la disposition de la communauté les documents écrits par la communauté.
Wikipedia à ses lois, ses citoyens, lecteurs et contributeurs, une sorte d'administration, de police (contre les spam, rassurez-vous) de juges un peu partisans… Tout cela s’est développé en trois ans, en réaction aux problèmes qu’a connu l’encyclopédie.
Ce site à un abord plutôt aimable, avec sa gratuité, son ouverture aux contributions et ses articles nombreux quelquefois complets, souvent instructifs. Mais il a une face obscure avec les réseaux, les comptes multiples et diverses manipulation dont on parlera.
Critiques
Le développement d'un système libre collaboratif n’a pas que de bons cotés. L’article que se consacre l’encyclopédie en ligne elle-même contient sa propre critique. A cela il faut ajouter les égarement des éditeurs et les vices de base du système (ceux-ci sont dénoncés dans la version en anglais).
Le défaut principal a été annoncé ainsi par un expert (référence en bas de page):
Although experts on a subject may edit a page, they ultimately have no more control over the content of that page than anyone else. »
(Même si les experts sur une question peuvent éditer une page, il n'a pas plus de contrôle sur le contenu de cette page que n'importe quel quidam).
Un spécialiste est placé sur le même plan qu’un ignorant ou même un déficient mental.
Et le président de l'Encyclopedia Britannica, Jorge Cauz:
« If I were to be the CEO of Google or the founders of Google I would be very [displeased] that the best search engine in the world continues to provide as a first link, Wikipedia, » he said. »Is this the best they can do? Is this the best that [their] algorithm can do? »
Référence.
Traduction: « Si j’étais le CEO de Google ou le fondateur de Google cela me déplairaît beaucoup que le meilleur moteur de recherche dans le monde continue d’afficher Wikipedia en tête des résultats. » « Est-ce le mieux qu’ils sachent faire? Est-ce le mieux que leur algorithme puisse faire? »
Ce qu'on reproche à Wikipedia:
- Hétérogénéité. Bâtis au jour le jour par des personnes différentes, les articles n’ont souvent pas de plans bien définis, et peuvent être construits n’importe comment.
- Vandalisme, des plaisantins viennent placer des idioties, supprimer des paragraphes, des pages. Le wiki est l’objet d’une maintenance constante de la part des contributeurs. De nombreux logiciels aident à détecter les actes de vandalisme. Une patrouille RC (Récents Changements) examine les dernières contributions à chaque instant. Il est possible d’interdire l’édition à un contributeur ou une adresse IP.
- Le spam. La possibilité de placer des liens pour compléter les articles incite les webmestres à mettre un lien sur leur site, sans utilité pour l’article, juste pour se faire connaître. Une charte définit la validité des liens externes.
- Main mise sur les articles par des réseaux de contributeurs comme l'explique cet article.
- Certaines pages deviennent des catalogues de produits commerciaux car les contributeurs représentant des entreprises y sont plus nombreux que les autres et imposent leur avis.
- La notion d’achèvement est absente. Le problème majeur est celui-là: quand un article est mauvais on l’édite jusqu’à ce qu’il devienne bon et quand il est bon on continue de l’éditer jusqu’à ce qu’il devienne mauvais. Si un article, sous l’impulsion d’un spécialiste devient très bon, il sera par la suite tripatouillé par une pléthore de contributeurs voulant chacun faire à son idée, ce qui le rendra quelquefois illisible.
En fait, cet achèvement théorique est plutôt rare, beaucoup d’articles comportent des lacunes, des maladresses, des phrases creuses, etc. qui font une impression d’amateurisme. - La crédibilité. Quelques affaires dans l’actualité récente font état de l’utilisation de l’encyclopédie pour « débiner » une société concurrente, un personnage politique…
- Beaucoup d'éditeurs multiplient les comptes (que l’on appelle faux-nez) et utilisent des techniques pour cacher leur adresse IP, telle que le réseau tor.
Certains entament des discussions animées avec eux-mêmes sous des pseudos différents et finissent par se donner raison à eux-même: moyen subtil d'imposer un point de vue ;)
Beaucoup d'éditeurs passent leurs journées et leurs soirées à travailler gratuitement sur Wikipedia, tout au long de l’année.
Il s’agit là d’une sorte addiction qui peut s’expliquer par la facilité à participer au contenu du site et la multiplicité des sujets traités. Ce type d’addiction est considéré par les psychiatres comme une réelle maladie psychique.
Polémiques et hoax
L’affaire Bogdanoff est un exemple de conflit d’édition qui illustre le comportement de petit chef que peuvent parfois adopter les éditeurs d'administration du site.
Tout récemment, l’affaire d’auto-promotion Anthony Benis se répand dans les médias, un article de psychologie, sur la « NPA psychology theory », aux fondements scientifiques très douteux à été supprimé après être resté dans le wiki durant un an! Slashdot écrit: « The accuracy of Wikipedia, the free online encyclopedia, came into question again when a long-standing article on ‘NPA personality theory‘ was confirmed to be a hoax. » En outre cet article faisait partie de la sélection des meilleurs articles.
L’anonymat. Cela favorise les abus, comme par exemple le cas du faux docteur en théologie qui arbitrait le choix des articles.
La citation de Maurice Jarre
Une citation de Maurice Jarre imaginaire insérée dans un article de Wikipedia, reprise par des journalistes, fait le tour du monde, avant que l’on ne découvre qu’il s’agit du canular d’un étudiant irlandais!
Cette citation faussement attribué à Maurice Jarre a été ajoutée juste après son décès dans la page qui lui est consacrée, dans la version anglaise du wiki.
La voici:
« One could say my life itself has been one long soundtrack. Music was my life, music brought me to life, and music is how I will be remembered long after I leave this life. When I die there will be a final waltz playing in my head, that only I can hear. »
Traduction:
« On peut dire que ma vie elle même a été une longue piste musicale. La musique était ma vie, la musique m’a donné vie, et c’est dans la musique que l’on se souviendra de moi longtemps après ma mort. Lorsque je mourrais il y aura une note finale qui sera jouée dans me tête, que moi seul entendra. »
Cette belle phrase a été reprise dans le Guardian, le London Independent, sur le site de BBC Music Magazine, dans des journaux indiens et australiens.
Il s’agit pourtant d’une pure invention que Shane Fitzgerald, un étudiant de Dublin, reconnaît avoir placée pour tester la propagation de fausses nouvelles sur le Net. Noter que la citation avait d’abord été retirée par des éditeurs pour défaut de source, mais après qu’il ait insisté et l’ai réinsérée de nouveau, elle est cette fois restée dans la page ou elle a servi de référence à de nombreux articles de journalistes!
- Source IrishTimes (anglais).
- Le guardian a publié un rectificatif. Mais la citation reste présente sur de nombreux sites web.
Le faux génie
En 2008 était révélé au public un logiciel soi disant réalisé par un hobbyiste génial qui permettait de savoir quelles entreprises essayaient de changer le contenu du wiki à leur profit, en révélant les adresses IP des éditeurs.
Il s’est avéré que le créateur de cet outil était en fait l’équipe de programmeurs de Wikipedia.
Léon Robert de L'Astran
Cet humaniste auquel Wikipedia avait consacré une page a été cité dans un discours par Segolène Royal (une politicienne française) sur l'esclavage, le 10 mai 2010 qu'elle a publié sur Facebook. Elle saluait ce fils de négrier qui s'était élevé contre les pratiques de son père (René-Charles de l'Astran-Rochambault-d'Hoyen).

Mais la page a été supprimée dans Wikipedia pour une bonne raison: ce personnage est totalement fictif, il a été inventé par un farceur tout autant que son père au nom alambiqué!
On ne le rappelera jamais assez: tout ce qui est dans Wikipedia ne doit pas être pris pour vérité incontestable.
L'historique montre que cette page existe au moins depuis le 25 septembre 2008 mais elle aurait été créée en 2007 par un membre du Rotary Club de La Rochelle et elle n'a été supprimée que le le 7 juin 2010: un hoax peut donc durer trois ans sur Wikipedia.
Conflits
National Portrait Gallery
La NPG a intenté à Wikipedia une action en justice, lui reprochantd'avoir mis en ligne environ 3000 images qu’elle avait digitalisées afin de les commercialiser.
Ces images sont dans le domaine public et donc Wikipedia s’estime en droit de les mettre en ligne et les utiliser pour ces articles.
Cependant on est en Grande-Bretagne et la législation est suffisamment floue pour que l’on puisse penser que la copie d’une image dans le domaine public, soit elle sous copyright!
Et le NPG reçoit l’appui d’un autre organisme, le BAPLA (British Association of Picture Libraries and Agencies) qui avance cet argument:
« The copying of original works for commercial use requires skill and expertise and has a financial cost to the producer. »
(Trad.: La reproduction d’un travail original pour un usage commercial requiert savoir faire et expertise et a un coût financier pour le producteur. )
En fait, un état de guerre persiste depuis des mois entre NPG et Wikipedia, les employés de la première étant systématiquement bannis par les équipes d’entretien de la seconde parce qu’ils suppriment sur Wikipédia les images digitalisées par leur entreprise. Ils sont identifiés selon leur adresse IP qui est celle de la NPG.
Que conclure? Faire son beurre avec le travail d’autrui (en l’occurrence des images qui sont dans le domaine public) est-il plus légitime que de l’offrir gratuitement à tous? Faire le commerce de ce qui appartient à tous est il plus juste que de rendre à tous ce qui leur appartient?
En fait la NPG se trouve de fait contrainte de pratiquer le bénévolat par les bénévoles de Wikipedia, ce qui est plutôt comique.
La scientologie
Wikipedia a décidé de bannir toutes les contributions venant d’adresses IP associées à l’église de scientologie, estimant que les contributions de membres de la secte (selon la France c’est une secte) avaient pour but de favoriser l’image de la Scientologie sans aucune objectivité.
Le principe de Wikipedia étant d’interdire les contributions visant à l’auto-promotion, ce qui revient souvent à interdire aux intéressés de répliquer quand on dit n’importe quoi sur leur compte (dans le domaine des biographies ou des entreprises), la Scientologie n’a donc pas le droit d’intervenir quand on parle d’elle.
En fait on estime chez Wikipedia que des quantités de personnes utilisent les ordinateurs de la secte sans que l’on puisse identifier les faux-nez utilisant le même ordinateur avec des comptes différents, ce qui motive en partie la décision de bannir toutes les IP. D’autant que ces éditeurs ne semblent concernés que lorsqu’on parle de la Scientologie.
Il ne reste plus qu’aux membres à attendre l’intervention de Xenu… ou utiliser des proxies!
Référence: The Register.
Department of Justice
Le département de la justice américain a été banni par Wikipedia après qu’une personne utilisant son adresse IP ait tenté de modifier plusieurs articles.
Référence: The Register.
Barbara Bauer
Wikipedia a souvent été l’objet de plainte en diffamation. Dans l’article qui lui est consacré sur le Wiki, l’agent littéraire Barbara Bauer se voit qualifiée de: « Dumbest of the twenty worst agents » (la plus bête des vingt pires agents).
On appréciera la qualité encyclopédique de l’article. Wikipedia se retranche derrière le premier Amendement qui garantit la liberté d’expression, et la loi du New Jersey. Elle est soutenue par l’EFF, (Electronic Frontier Foundation), une association pour la liberté d’expression sur Internet.
Elle déclare que les plaignants devraient engager des poursuites contre les auteurs de ces propos plutôt que contre les sites collaboratifs qui les publient. Mais l’anonymat des contributions rend de telles poursuites plutôt difficiles!
Barbara Bauer aurait déjà déposé plusieurs plaintes contre des sites Internet, et fait fermer le site Absolute Write.
Manipulations
Cette étude est un résumé de l’article The Dark Side of Wikipedia (la face obscure de Wikipedia) paru sur seomoz.org. On ne saura probablement jamais à quel point le contenu de Wikipedia est manipulé. L’auteur invente le terme de wiki-hacking pour désigner les contributions biaisées, conçues pour ne pas être détectées.
L’auteur, Randfish, avoue avoir lui-même édité Wikipedia en utilisant plusieurs pseudos avec des IP différentes grâce aux proxies. Même s’il a cessé de contribuer sur le wiki, il continue d’échanger des emails et d’avoir des contacts personnels avec des contributeurs très actifs. Il en a retiré quantité d’histoires dont seule un petit échantillon est donné ci-dessous mais qui donnent un idée de ce qui se passe sur Wikipedia…
Ce qui pourrait paraître pénible aux contributeurs sérieux qui travaillent gratuitement pour créer cet outil, c’est que les hackers qui parviennent à leurs fins puissent trouver un profit certain dans ces manipulations habiles.
Les motifs et sujets de manipulation
- La réputation
Si on dit du mal d’une compagnie, une personne, à tort ou a raison, l’intéressé aura de bonne raisons de voir le texte disparaître. - La promotion
Un producteur aura intérêt à voir apparaître une quantité de liens sur les fournisseurs de son produit. - Le trafic
Les liens externes peuvent apporter du trafic grâce à la surreprésentation du wiki dans les résultats de Google (Note personnelle: cela ne concerne en fait que les sites qui bénéficient de liens externes dans de nombreuses pages du wiki pour que ce trafic soit notable). - Le dénigrement
Wikipedia est un endroit idéal pour dénigrer les compétiteurs qui l’emportent sur vous sur un marché. Et ceux qui voudront effacer les informations
erronées ainsi publiées passeront pour des vandales, surtout si on identifie leur IP comme étant celle de l’entreprise visée! Cela tendra même a confirmer l’impression que ces données soient véridiques! - Les backlinks
Les liens ne comptent pas pour les moteurs de recherche, mais ils peuvent néanmoins profiter de la notoriété du wiki et être repris dans des forums, blogs, etc. Si ces liens apparaissent dans un article polémique, il sera difficile de le supprimer car ils intéressent les lecteurs. - La notoriété
Les contributions au wiki sont un bon moyen de se donner une notoriété. En ayant une activité fréquente sur le wiki, on se donne un profil solide et on parvient facilement au statut d’administrateur.
Comment s’opèrent les manipulations?
On peut contribuer sans créer de compte. L’adresse IP est relevée, mais si elle est attribuée dynamiquement par son opérateur à chaque session, c’est une garantie d’anonymat.
On peut aussi utiliser une adresse IP de proxy et contribuer ainsi dans le plus strict anymymat.
Mais les wiki-hackers les plus investis utilisent eux un compte utilisateur tout à fait transparent. Ils font des quantités d’éditions chaque jour et ne peuvent pas passer pour des vandales, il y a peu de chance qu’un autre éditeur ne réverte leurs contributions même quand des réclamations se font.
L’auteur connaît des cas de contributeurs ayant ouvert des quantités de compte et faisant de nombreuses éditions avec chacun d’eux chaque jour.
Les plus sombres affaires rencontrées
Le maître des faux-nez
Le wiki-hacker avait créé plusieurs pseudos avec des IP différentes, puis vandalisé plusieurs pages peu fréquentées, et en ajoutant des liens externes donnait l’impression que les auteurs des faits étaient des concurrents des compagnies concernées.. Ensuite en utilisant son pseudo principal, il lance une investigation sur ces pages vandalisées, trouve les coupables (ses autres pseudos avec d’autres IP!), et est acclamé par les éditeurs. Plus tard il utilisera son pseudo ainsi renforcé pour effectuer des manipulations subtiles en faveur de sa propre entreprise!
L’acheteur de pseudos
Il offre à des contributeur de racheter leur pseudo, et en obtenant l’accord de quatre d’entre eux, obtient leurs mots de passe et modifie tous les articles qui l’intéressent.
Celui qui discute
Il n’édite aucun article mais en fréquentant une page de discussion très visitée, parvient à orienter les débats et obtient la conservation ou la suppression des liens voulus. En fait il utilisera un second pseudo pour réaliser lui même les actions.
La mauvaise langue
Confondu par un autre éditeur, ce wiki-hacker en critiquant les contributions de l’autre, se sauve lui-même et laisse l’impression que l’autre est un webmaster interéssé dont les jugements sont subjectifs.
Que fon t les administrateurs?
En fait ils ont une page où ils racontent leurs hauts-faits dans le domaine de la lutte contre le spam. Cette page est très fréquentée par les wiki-hackers. Ils y interviennent eux-mêmes et renforcent la notoriété de leur pseudo en agissant comme enquêteurs sur les spams des autres. Dénoncer des spammeurs vous place au dessus de tout soupçon et vous fait franchir un pas pour devenir administrateur.
Les manipulations ont-elles les effets escomptés?
Beaucoup de gens prennent ce qui est dit dans Wikipedia pour argent comptant, et ne se donnent pas la peine de vérifier les sources. Cela bien que l’essentiel de l’information contenue soit factuelle et non vérifiable. C’est un fait que des entreprises ou des personnes puissent tirer un grand profit ou souffrir énormément selon que les informations données soient positives ou négatives. D’autant que même si l’information est corrigée, elle aura entre-temps été reprise par de nombreuses sources qui ne feront pas forcément les rectifications nécessaires.
Mediawiki
L’encyclopédie libre utilise une version modifiée du logiciel Mediawiki, réalisé pour elle à l’origine. Ce logiciel est utilisé aussi sur des sites personnels.
Il permet l’édition des pages et la gestion des comptes d’éditeur, ainsi que des archives et des historiques d’édition.
Description
A chaque page est associée une page de discussion dont le format est similaire à celui de l’article. En fait le wiki tout entier repose sur le même format de page. Il permet cependant d’importer des images pour égayer un peu l’austérité de ce contenu textuel. Il y a un coté récursif dans la conception: un article a une page de discussion et un historique, la page de discussion a une page de discussion et un historique…
L’édition des articles se fait dans une sorte de dialecte similaire au bbCode, avec insertion de balises CSS assez complexes pour faire quelque chose d’aussi extraordinaire que l’ajout d’une image. Pourtant le wysiwyg est assez répandu sur les CMS. Il existe d’ailleurs des extensions wysiwyg à Mediawiki mais vous n’y trouverez aucune allusion sur Wikipedia.
Sur un autre plan, des outils additionnels ont été développés pour combattre le vandalisme mais requièrent une activité constante des éditeurs.
Limitations
En fait le logiciel exploite le coté hypertexte du Web classique et n’emploie aucune des innovations techniques propres au Web 2.0.
Un exemple. Vous avez des articles décrivant les caractéristiques des différents logiciels CMS, et un autre article qui fait un comparatif de leurs caractéristiques. Cette page est créée manuellement par les contributeurs, par copie du contenu des articles, alors qu’un logiciel aurait pu la réaliser automatiquement. C’est ainsi qu’une armée d’esclaves (ils ne sont pas payés) consacre son temps à réaliser le travail que l’ordinateur pourrait aussi bien faire.
Quand on compare l’importance du trafic du site avec le logiciel Mediawiki qui le gère, et même en tenant compte des extensions qui lui ont été apportées pour Wikipedia, on a l’impression d’un paquebot propulsé par le moteur d’une maquette avec une hélice de 3 cm de longueur. A coté de cela il faut 10000 nageurs pour pousser l’engin en battant des palmes, c’est à peu près le nombre d’ « administrateurs » du site!
Même si MediaWiki, le logiciel qui est utilisé par l’encyclopédie, est considéré comme un CMS, cela reste un outil extrêmement primaire, qui se borne à mettre en ligne les textes bruts rédigés collectivement. Aucun traitement n’est accompli sur ces données, tandis qu’un CMS moderne est capable de fabriquer des pages multiples répondant à des demandes diverses, à partir d’une base de données.
Le projet pourrait donc évoluer positivement dans deux directions, celle du contenu avec un logiciel wiki plus perfectionné (plus Web 2.0) et celle d’une meilleure organisation des contributions.
Wikidashboard
Pour analyser les contributions des éditeurs à un article sur Wikipedia, et révéler notamment lorsque l’essentiel des contributions est faite par un seul éditeur qui peut ainsi influencer son contenu, des chercheurs on créé un outil, le Wikidashboard.
Cet outil fournit pour un article donné, les indications suivantes:
- Quels utilisateurs ont le plus d’éditions.
- Quels pourcentage d’éditions revient à un éditeur sur une page.
- Quelle est l’implication d’un éditeur sur d’autres articles.
- Quelle est l’activité sur une page.
Il veut ainsi compenser les faiblesses du système instauré par l’organisation, qui se contente de marquer une page comme « sujet à contreverse », ce qui n’engendre pas forcément les corrections nécessaires.
Quand on connaît les éditeurs anonymes de Wikipedia, on peut déjà deviner comment les résultats de l’outils seront eux aussi manipulés avec des éditions en série superficielles sur les articles…
Wikidashboard est l’oeuvre de Ed Chi, du centre de recherche de Palo Alto.
Ce site rappelle que Wales lui-même, le fondateur de Wikipedia, met en garde les utilisateurs sur le fait que le contenu du wiki ne devrait pas être utilisé par les étudiants, ni pour des recherches sérieuses.
Moteurs de recherche: la guerre
En décembre 2006 la nouvelle se répand que Wikipedia allait lancer son propre moteur de recherche pour concurrencer Google car les dirigeants de l’encyclopédie estimaient ce dernier un peu trop spammé par les webmasters et donc retournant des résultats peu pertinents. Le but était de remplacer les robots des moteurs de recherche par des humains (un progrès discutable).
Wikia search, le moteur humain
Annoncé sous le nom de Wikiasari (en hawaien, wiki signifie « rapide » et asari « cherche »), puis démenti, le moteur de recherche Wikia est lancé le 7 Janvier 2008 comme sous-domaine de Wikia.com.
Il transposait au moteur de recherche les principes qui sont à la base de Wikipedia et du site Answer de Yahoo: la contribution est permise à tous, le meilleur devant émerger de la masse des actions individuelles bien que comportant spams et vandalismes…
Le moteur utilisait le logiciel Grub racheté à la compagnie Looksmart qui avait fait fonctionner un projet similaire avant de revenir à un moteur robotisé. Grub a été créé en 2000.
Il utilisait aussi conjointenent Nutch, un moteur de recherche basé sur Lucene, un logiciel open source qui fournit le crawler, le parseur de pages HTML et autres services liés.
Search.wikia.org, redirige maintenant sur answers.wikia.org. Le moteur de recherche humain n'intéressait que les spammeurs!
Wikiseek
En Janvier 2007, la société SearchMe lance le moteur Wikiseek, destiné à remplacer le moteur de recherche interne à Wikipedia par quelque chose de plus efficace! Le nouveau moteur ressemble à celui de Google et utilise des robots.
Evolution
Un changement radical avait été annoncé par lLe New York Times: toutes les contributions devront être vérifiées par un éditeur confirmé.
C’est la fin de la politique de libre contribution de la part du public, et un pas fait dans la façon dont fonctionne Knol où les articles sont gérés par des auteurs, avec selon le choix des niveaux d’ouverture aux contributions différents.
Ce mode de fonctionnement est celui qui est adopté par la version allemande du wiki depuis un an. Il sera appliqué aux articles consacrés à des personnes, dans un premier temps et probablement étendu aux autres ensuite. Un mode de protection optionnel existait déjà pour les articles trop souvent spammés: il deviendra donc automatique.
Or une étude montre une nette récession de Wikipedia en terme d’éditions et de trafic, due à la main mise sur le site par les éditeurs anciens qui effacent souvent les contributions du public. La fondation Wikimedia avait réagit à ces résultats en ouvrant un groupe de réflexion. Avec cette nouvelle politique, elle renforce au contraire la tendance!
Les modifications faites par le public seront toujours possibles, mais elle ne seront pas présentées aux lecteurs. Il faudra qu’un éditeur enregistré et ayant un certain nombre de contributions valide les changements pour qu’ils soient affichés publiquement.
Cela certes devrait réduire le spam, mais non supprimer tous les défauts des articles. Ceux-ci ne seront plus mis à jour que de loin en loin et les articles qui ne sont pas suivis régulièrement par des éditeurs ne le seront plus du tout.
Référence
Désaffection
Dans les trois premiers mois de 2009, Wikipedia en version anglaise a perdu 49000 contributeurs bénévoles. Elle n’en avait perdu que 4900 sur la même période de l’année dernière.

Et si l’on regarde l’évolution du trafic telle qu’elle est donnée par Google Trends, la même désaffection se manifeste de la part du public: les consultations stagnent en 2008 et s’effritent progressivement en 2009.
Pourquoi se détourne t-on du wiki qui a connu une progression continue jusqu’en 2007? La fondation Wikimedia refuse d’admettre que le site est en perte de vitesse. Son explication est que le site repose de plus en plus sur des experts plutôt que sur des contributeurs lambda, et donc que leur nombre devient naturellement plus restreint.
Selon Michael Peel qui s’est exprimé dans une interview au Times:
Wikipédia n’est absolument pas mourante. Elle a une licence libre, ce qui veut dire que le contenu qui a été inclut est là pour toujours.
Et Jimmy Wales, un des fondateurs, affirme également que le nombre d’éditeurs est stable. Les statistiques propres à Wikipedia n’affichent que 39 000 éditeurs pour la version anglaise , une baisse de 1500 sur l’année précédente.
L’article du Wall Street Journal se base sur les recherches de Felipe Ortega de Libresoft (Universitad Rey Juan Carlos à Madrid).
Selon lui, Wikipedia à perdu en Mars et Avril 23000 des 100 000 éditeurs de langue anglaise. Les statistiques de Wikipedia en affichaient 40000. La différence vient de ce que Ortega prend en compte tous les éditeurs, tandis que Wikimedia ne compte que ceux qui ont fait au moins 5 éditions. Les deux comptent les éditeurs inactifs.
Non seulement le nombre d’articles créé par mois se réduit, mais aussi, le nombre mensuel de contributions (5,5 millions) et d’éditeurs différents – enregistrés ou non – (750 000), n’augmentent plus.
Cela inquiète la fondation Wikimedia qui a lancé une opération pour tenter de comprendre le phénomène.
La stagnation du renouvellement du contenu du site est cohérente avec la baisse de son audience car les moteurs de recherche donnent une place prépondérante aux articles récents.
Pourquoi les éditeurs quittent Wikipedia
Les éditeurs occasionnels deviennent apparemment objet d’ostracisme. 25% de leurs contributions sont effacées contre 10% quelques années auparavant. Ainsi, selon les chercheurs, les éditeurs anciens font acte de résistance envers les autres, ce qui tend à les décourager et contribue à faire baisser la qualité du contenu du site.
Il est décourageant pour les contributeurs de voir que le texte qu’ils ont ajouté sera supprimé ou modifié par d’autres éditeurs. Finalement, avec le temps, il n’en restera rien. Le principe même de la libre édition par chacun veut cela.
Pourquoi se donner du mal à écrire un texte de qualité qui disparaîtra inexorablement avec le temps?
On se plaint aussi de la bureaucratie, qui vient sans doute de la volonté d’avoir des éditeurs plus experts (assez compréhensible, du reste). Il est de plus en plus difficile de contribuer à cause de la somme de règles à suivre et des groupes d’éditeurs bien installés qui annulent les éditions des éditeurs occasionnels. Cette bureaucratie va encore s’accroître prochainement avec un contrôle strict par des groupes d’éditeurs sur les articles consacrés aux personnes.
Le dilemme
Wikipedia est face à un dilemme insoluble: conserver un site totalement ouvert pour profiter d’une plus grande activité et de mises à jour immédiates avec l’inconvénient d’une lutte incessante contre le spam, et d’un contenu souvent douteux, ou restreindre l’accès à des « experts ». Ceux-ci sont bénévoles et ne sont pas obligés de travailler pour le site, les mises à jour et corrections peuvent donc être délayées à jamais.
Et dans le second cas le site augmente quand au sérieux du contenu mais perd le soutien des internautes qui n’y contribuent plus.
Références
- Le rapport de l’équipe de Palo Alto. (Anglais).
Elle compare l’activité des éditeurs à une culture de microbes dont le nombre cesse de croître faute de nutriments. - Interview de Jimmy Wales.
- Article du Sunday Times.
- Réponse de Wikimedia.
Autres encyclopédies collaboratives
Citizendium
Un des deux créateurs du projet est parti pour un litige sur la ligne à suivre et a crée un concurrent à Wikipedia : Citizendium. Le mot semble être la contraction de citizen (citoyen) et stadium.
Pour l’instant il n’est qu’en anglais.
Dans cette nouvelle version d’encyclopédie collaborative, chaque article est sous le contrôle d’un éditeur qui se fait connaître, est expert dans le domaine et contrôle toutes les contributions, interdisant le spam et les dépradations. Grande différence avec Wikipedia ou les administrateurs-balayeurs agissent sur tous les articles, même s’ils n’y comprennent rien.
L’initiative a le défaut de se placer à la remorque de Wikipedia, utilise le même logiciel et reprend même ses pages quand elle n’a pas les siennes à proposer et on serait incité à aller sur l’original.
Malgré tout Citizendium a de fervents partisans. L’initiateur du projet répond à toutes les objections (en anglais). Mais il faut le dire, c'est un échec patent.
Knol de Google
Knol de Google, wiki comportant de grandes différences avec Wikipedia: Les articles sont fait par des auteurs qui les ouvrent ou non à la collaboration. L'auteur pour insérer des annonces et toucher des revenus publicitaires.
Voir Différences entre Knol et Wikipedia.
Wikia
Wikia est un un espace d’hébergement de wikis personnels créé en 2004 par Jimmy Wales, le fondateur du wiki multilingue Wikipedia. La société est basée à San Mateo, en Californie, USA.
Ainsi si vous désapprouvez le contenu d'une page de l’encyclopédie vous pouvez créer votre propre page ou votre wiki, il sera indexé dans une liste…
En Mars 2004, Jimmy Wales et Angela Beesley, créent l’espace d’hébergement de wiki qui reprend le nom Wikicities destiné à un projet d’annuaire. Il est renommé Wikia le 27 mars 2006. Il reçoit à ce moment 4 M de dollars d’un fond de capital risque.
L’espace de wiki comporte 9 langues et 2500 wikis. Il utilise le même logiciel que Wikipedia, Mediawiki, et est financé par les publicités.
Le plus important wiki hébergé sur Wikia est Wookieepedia, le wiki des passionnés de Star Wars, qui compte pour 17% du trafic de Wikia en Mai 2007.
En français c’est wikitrain qui comporte plus de 6500 articles.
Bien que Wikia soient indépendante de Wikipédia elle en utilise les serveurs contre rémunération, en 2006.
Encyclopedia Britanica
Elle s'ouvre aux contributions: les lecteurs pourront aussi créer leurs articles et elle les invite à contribuer aux articles en ligne, les éditer et les améliorer comme le font les lecteurs de Wikipedia, et ceux de Knol si la contribution est ouverte par l’auteur.
La différence avec le wiki et avec Knol est qu’un éditeur appartenant au personnel de la compagnie vérifiera chaque modification avant qu’elle ne paraisse. Un moyen efficace de décourager le spam!
Une révolution pour une institution qui existe depuis 241 ans. Il faut saluer leur capacité à s’adapter!
Larousse
Les éditions Larousse ont lancé le 13 mai 2008 lancent aujourd’hui leur encyclopédie collaborative ouverte à tous les auteurs, sur le modèle des knols de Google, et pour concurrencer Wikipedia.
Il s’agit toujours d’articles encyclopédiques, mais un peu plus ouverts que ceux de Wikipedia car on peut donner plusieurs points de vue sur un sujet. Les votes des lecteurs sont pris en compte sur les 150 derniers jours pour classer les articles et les faire apparaître dans une top liste.
Maps et Earth
D’autres projets sont beaucoup plus intéressants… Le site MyMaps de Google, sorte de wiki cartographique très évolué, permettant de créer une fiche sur chaque entité géographique, mais en la plaçant sur une carte et en la complétant de vues 3D, images, vidéos…
Earth va plus loin puisque le site propose un logiciel gratuit de conception 3D, Building Maker, pour ajouter des édifices à Earth!
Marque-page de l’encyclopédie
Les pages utiles sur Wilkipedia. Notez que les balises de liens externes <a> ont l’attribut rel= »nofollow » ce qu’il faut toujours faire en retour de la politique nofollow de Wikipedia, pour le respect des règles d’éthique du Web.
- Le forum, que l’on appelle « le bistro ».
- Requête à un administrateur. Bloquer un vandale, par exemple.
- Chartre des liens externes. Les règles permettant d’ajouter un lien vers un site.
- Commons. Images, photos, médias divers non propriétaires et librement utilisables.
Anthologie d'articles sur Wikipedia
Critiques- Science Po. La crédibilité de Wikipedia mise en cause par une étude scientifique.
- Sourcewatch. Autre critique en anglais.
- Auto-critique. Sur le site lui-même (Anglais).
- L’auto-description de Wikipedia contient sa propre critique, bien que partielle.
- Campagne. Les anglophones protestent contre la politique « nofollow »: Wikipedia empêche les moteurs de recherche de suivre les liens vers d’autres sites (Anglais).
- Wikipedia favorise le suicide. Selon cet article en anglais du très réputé site Ars Technica, les trois premiers sites Web qui favorisent le suicide sont des sites dédiés au suicide. Le quatrième est Wikipedia.
Autres articles
- Le bêtisier. Sélection des bêtises dans les contributions.
- Les plus grandes guerres d'édition.
- Liste d’encyclopédies en ligne.
- Histoire. Au début, cette encyclopédie en ligne s’appelait Nupedia.
- Comparaison. Tentative de comparaison des encyclopédies en ligne.
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- Wikiseek. Moteur de recherche remplaçant celui de Wikipedia.
- Les pages les plus visitées. Ce site tente de classer la fréquentation des pages (sous réserves).
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